INTRODUCTION

 

    Le 14 janvier, 1930, la FRANCE décidait de protéger ses frontières du Nord Est et des Alpes par un rempart de béton et de ses voisins Allemands et Italiens. Ainsi naissait la LIGNE MAGINOT.

    Une véritable ère de la fortification moderne s’ouvrait alors, et elle allait s’étendre sur une période de dix années . Des  Ardennes à la Suisse, des Alpes du Nord à la Méditerranée, s’amorce dès 1929-1930 une incroyable succession de chantiers qui se compteront d’abord par centaines puis par milliers .  

  Texte de la loi du 14 janvier 1930 (103ko)

Texte de la loi du 14 janvier 1930 (cliquez sur la photo pour agrandir).

 

1. Quelques chiffres :

    Des dizaines de kilomètres de galeries souterraines sont percées, des milliers de mètres cubes de béton coulé, des dizaines de milliers de tonnes d’acier utilisées, des centaines de kilomètres de routes  et de voies ferrées tracées.

    Au plan humain, des milliers d’hommes, ingénieurs, architectes, spécialistes du génie militaire et de l’armement, techniciens, ouvriers vont donner le meilleur d’eux-mêmes pour faire surgir du sol et surtout enfouir sous terre en quelques années, l’une des plus gigantesques réalisations conçues en France.

2. Localisation géographique :

    Du Fort de Maulde (Nord) à Menton (Alpes Maritimes), elle s’étendra en effet, le long de frontières du Nord de l’Est et du Sud Est sur plus de 700 kilomètres.

    Si la majeure partie de cette nouvelle fortification est implantée en Lorraine et sur la frontière des Alpes, l’Alsace limitée sur 3 de ses 4 côtés par des frontières avec l’Allemagne et la Suisse est également concernée en tout premier plan. La 'ligne' la traverse d’un bout à l’autre sur plus de 200 kilomètres.

    De la limite du département de la Moselle aux premiers contreforts du Jura, forteresse souterraine au plus modeste blockhaus, en passant par l’infinie multitude d’ouvrages bétonnés de tous gabarits. Elle offre ainsi encore de nos jours un large échantillonnage de la fortification dite moderne.

3. La conception :

    Dès la fin de la guerre de 1914 - 1918, le gouvernement français veut à tout prix éviter qu’une invasion semblable à celle de 1914 puisse de nouveau se produire et demande à l’état major d’étudier le problème de la défense des frontières.  

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  Entouré d'officiers de la Direction des travaux de fortification de Strasbourg, le Maréchal PÉTAIN inspecte les chantiers de la tranche III du Hochwald en 1930.

 

    Cette étude va être marquée par les 'monstres sacrés' de la guerre : les trois maréchaux qui ont commandé en chef les armées : FOCH, PÉTAIN, et JOFFRE et de quelques généraux, qui à la fin de la guerre, commandaient les armées.

    Les opinions sont très différentes : aux idées de FOCH, peu favorable aux systèmes défensifs statiques s’opposent celles de JOFFRE, partisan d’une formule rappelant les forts de Verdun, de Toul et d'Épinal, et de PÉTAIN, adepte des fronts fortifiés linéaires et profonds. Ce n’est qu’à partir de 1925, sous la direction du ministre PAINLEVÉ, que des compromis vont être trouvés.

    Les formes de la fortification vont d’ailleurs se modifier pendant cette période pour passer des forts SERE DE RIVIÈRES (Toul, Verdun, Belfort, etc...) modifiés au cours de la guerre 1914 -1918, aux ouvrages tels qu’ils existent actuellement :

    PAINLEVÉ, pendant ses ministères, désigne deux commissions :

-    La COMMISSION DE DÉFENSE DES FRONTIÈRES (C.D.F.) qui va définir le tracé de la fortification, son organisation, ses formes générales, et établir un premier devis.

-     La COMMISSION D’ORGANISATION DES REGIONS   FORTIFIÉES (C.O.R.F.) qui va affiner et coordonner les données établies ou laissées par la C.D.F.

    Au début de 1929, PAINLEVÉ fait approuver, en Conseil des ministres, l’organisation défensive proposée par la C.O.R.F. et à la fin de 1929, passe son ministère à ANDRÉ MAGINOT.

    MAGINOT présente le programme à la Chambre des députés quelques jours après avoir pris ses fonctions et le fait voter à main levée. Le Sénat examine immédiatement cette loi et l’adopte avec une majorité supérieure à 90% des voix.

    Le programme devient alors la loi du 14 janvier 1930. Il prévoit deux régions fortifiées principales, celle de Metz et celle de la Lauter, une barrière de casemates le long du Rhin, des barrages solides dans les Alpes et quelques miettes dans le Nord.

    Pour qu’il soit facilement voté, la C.O.R.F. a dû compresser au maximum son devis. Certains ouvrages prévus ont été abandonnés et certaines installations renvoyées à une date ultérieure. En cours de réalisation, compte tenu de l’inflation permanente, il faudra encore réduire la construction des ouvrages en rejetant à une date ultérieure certains blocs pour rester dans les impératifs budgétaires.

    En 1934 la situation politique va entraîner une reprise des activités de la C.O.R.F. pour protéger le plateau sarrois, la tête de pont de Montmédy et la région de Maubeuge. Mais cette reprise se fera pratiquement sans artillerie (il n’y a que deux malheureuses tourelles de 75 sur la tête de pont de Montmédy).

    A partir de 1935, les constructions vont se multiplier pour essayer de couvrir toute la frontière. Mais elles sont le fait des généraux commandant les régions militaires qui ont reçu l’ordre de lancer un programme de construction qui ne s’achèvera qu’avec l’armistice de 1940. Les blockhaus sont alors de formes et de protections (épaisseur du béton) diverses et ne recevront généralement pas les armatures métalliques nécessaires.

    Par ailleurs, les Services Techniques du Génie vont un peu plus tard, dans un but de coordination, établir des types de casemates de plus en plus allégés pour couvrir les zones où la C.O.R.F. n’a pas oeuvré. Les économies seront réalisées au détriment de la qualité.  

 

ANDRE MAGINOT (1877-1932):

André Maginot

Homme politique français, issu d’une famille lorraine, né à Paris en 1877. Député à Bar-le-Duc (département de la Meuse) de 1910 jusqu’à sa mort. Soldat de la territoriale de Verdun, il fut nommé caporal, puis sergent dès le 1er septembre 1914 pour avoir créé des groupes de patrouilleurs agissant loin derrière dans les lignes allemandes et pour avoir commandé l’un d’eux avec calme et au mépris du danger. Sa conduite exemplaire le faisait estimer de tous les Français.  

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   Il fut Ministre de la Guerre de 1922 à 1924 avant PAINLEVE et après de 1929 à 1932. Ce dernier a dirigé de 1924 à 1929 les études de défense de la frontière qui ont conduit à créer la C.O.R.F. par décret du 30 septembre 1927.

    MAGINOT reçut les estimations chiffrées par celle-ci en 1928 et mit sur pied le financement devant couvrir pendant cinq ans les dépenses du chantier de la fortification, comme Georges LEYGUES l’avait fait pour le programme naval de 1923 à 1930. A une époque où le budget français était strictement annuel, ces modes de gestion étaient exceptionnels, mais nécessaires pour encourager les entrepreneurs à soumissionner, et les prémunir contre les fluctuations des éphémères gouvernements d’alors.

    MAGINOT qui était un organisateur, fut l’homme du moment et fit voter le 14 janvier 1930 une première tranche du programme de la C.O.R.F. Il fut donc le financier de cette fortification permanente.

    Décédé brutalement le 6 janvier 1932, il n’a pas connu la dissolution de la C.O.R.F. à la fin de 1935, ni les changements de conception :

    * nouveaux fronts avec peu ou pas d’artillerie, dotés de crédits en juillet 1934 par le gouvernement DOUMERGUE.

    * "fortification de campagne durable" selon l’expression citée par le Général TOURNOUX, celle-ci est venue ensuite, conçue par les régions militaires et construite par la main d’oeuvre des corps de troupe.

    La confusion de ces diverses créations sous l’invocation de nom de MAGINOT abuse encore l’opinion à l’heure actuelle.

4. La réalisation :

    Pour rester dans les limites budgétaires, la C.O.R.F. devait restreindre ses ambitions et serrer son devis au maximum. Cela s’est traduit par la réduction de nouveaux projets. On peut estimer que la ligne MAGINOT telle qu’elle a réellement existé ne représentait que 50% environ de ce qui était prévu initialement.

    Au total, en 1935 la ligne MAGINOT dans le Nord et le Nord-Est est constituée de :

        * 22 gros ouvrages (dont 20 en Alsace/Lorraine)

        * 36 petits ouvrages (dont 26 en Alsace/Lorraine)

        * 348 casemates et blockhaus (dont 293 en Alsace/Lorraine)

        * 78 abris (en Alsace/Lorraine)

        * 14 observatoires d’artillerie cuirassés (en Alsace/Lorraine).

     Quant au front des Alpes, il comptera en 1940,

         * 22 ouvrages d’artillerie

        * 26 petits ouvrages

        * 1 casemate d’intervalle

        * 11 abris

        * 3 observatoires.

     Avec 16 casemates construites en Corse, l’ensemble des réalisations C.O.R.F. sera donc de : 

        * 44 ouvrages d’artillerie

        * 62 petits ouvrages

        * 365 casemates et blockhaus d’intervalle

        * 89 abris

        * 17 observatoires.