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Si la Ligne Maginot n’a pu empêcher, par son effet dissuasif, le déclenchement
de la guerre, il est inexact de dire, comme on l’entend si souvent “ qu’elle n’a servi à
rien ”. Au risque de surprendre, on peut au contraire affirmer
qu’elle a parfaitement rempli sa mission en agissant comme un immense bouclier
arc-bouté de la Suisse aux Ardennes et forçant l’ennemi à adapter
totalement ses plans d’invasions à la réalité de la fortification française
de 1940.
Quand à la “ Ligne Maginot des
Alpes ”, plus encore que dans le Nord-Est, elle a partout cloué sur
place les tentatives italiennes de forcer la frontière et n’a jamais eu à
craindre la moindre chance de percée. Entrée en guerre le 10 juin 1940,
l’Italie attaque aussitôt la Région Fortifiée des Alpes-Maritimes, avec
Nice pour objectif. Il ne reste alors que 185.000 Français face à 600.000
Italiens. Partout l’assaut est stoppé à la hauteur des avant-postes. Les
Italiens ont des pertes sensibles et laissent des centaines de prisonniers
(souvent gelés) aux mains des Français.
Mais il est néanmoins exact d’affirmer, que les chefs, aussi bien, politiques
que militaires de 1940 n’ont jamais été à la hauteur de la situation,
qu’ils ont accumulé les erreurs d’appréciation : “ les Ardennes sont infranchissables ”, disait-on
! Et surtout qu’ils ont négligé de considérer la fortification comme
l’outil remarquable au service de l’armée de manœuvre qu’elle était et
non comme une fin en soi.
Toujours est-il que, le jour de l’armistice, la plupart des grands ouvrages
d’artillerie tenaient toujours, alors que les Allemands arrivaient à Lyon,
Bordeaux etc.., plusieurs jours après Paris.
Aussi d’énergiques protestations tant verbales qu’écrites accompagnent
cette reddition d’ouvrages invaincus, contraire à toute tradition militaire.
Sur l’ordre de reddition qu’il émarge, le Commandant du secteur Fortifié
des Vosges écrit : “ Le
Commandant du S.F.V. proteste avec indignation contre le traitement infligé aux
officiers, sous-officiers et hommes de troupe sous ses ordres, qui n’ont pas
été battus mais se sont rendus sur ordre ”.
Cette protestation résume toutes les autres, dont certaines sont encore plus
violentes et cinglantes pour les autorités responsables. De son côté, le
Colonel Schwartz, commandant le Secteur Fortifié de Haguenau écrit : “ Pris connaissance pour exécution,
mais je tiens à affirmer qu’au moment de la cessation du feu, ordonnée par
l’armistice (25 juin 1940 à 1 H 30), je gardais la libre disposition de tous
mes moyens, l’ennemi n’ayant pu réussir en aucun point à rompre mon système
défensif. Nous ne déposerons les armes que sur l’ordre du commandement français
et non sous la contrainte des troupes qui nous entourent. A la date
d’aujourd’hui, nous disposons encore des moyens suffisants pour pouvoir
soutenir un siège de plusieurs semaines. J’ai l’honneur de demander au
commandement français de bien vouloir faire valoir ces faits peut-être, auprès
du commandement allemand ”.
Les anciens combattants de la Ligne Maginot se sont encore battus pendant 40 ans
pour faire admettre qu’ils n’ont pas été battus, mais envoyés en captivité
sur ordre du commandement français. cela a été reconnu officiellement au
court d’une cérémonie qui se déroula le 28 juin 1980. Ce jour-là un
monument commémoratif portant l’inscription suivante fut dévoilé :
“ En l’honneur des équipages de
la Ligne Maginot livrés à l’adversaire en juin 1940 sans avoir été vaincus ”.
En Mai 1979, aux Invalides, dans la galerie donnant sur la cour, fut dévoilé une plaque portant l'inscription: "à la mémoire des combattants de la Ligne Maginot morts pour la France 1939/1940."
Le 7 juin 1985, une plaque analogue fut apposée à l’entrée munitions de
l’ouvrage de Schoenenbourg avec l’inscription suivante : “ En
hommage aux valeureux combattants du Secteur Fortifié de Haguenau, livrés à
l’adversaire sans avoir été vaincus ”.
La
Ligne Maginot, indépendamment de sa fonction de couverture de la mobilisation
et de concentration, a donc parfaitement joué son rôle qui était de dissuader
l’ennemi de l’attaquer de vive force, en le condamnant à une manœuvre de
contournement.
Mais il n’est pas interdit de se demander ce qui se serait passé si, la Ligne
Maginot ayant été, comme prévu prolongée jusqu’à Maubeuge, les Allemands
avaient trouvé, sur tous les points où ils ont cherché et rapidement obtenu
la percée, une zone profonde de gros ouvrages capables de transformer leur irrésistible
envolée en un piétinement mortel. Tout comme on peut se demander comment les
ouvrages auraient résisté aux bombardements massifs que les alliés pratiquèrent
sur les fortifications allemandes du “ Mur
de l’Atlantique ” à l’aide de bombes d’une tonne.
Toutefois, dès le 4 juin 1928, devant le Conseil Supérieur de la Défense
Nationale, le Maréchal Pétain dit que “ si on jette maintenant un regard d’ensemble sur le système
fortifié du Nord-Est, on reconnaît que ce système est d’une continuité à
peu près complète. Il présente l’aspect d’un vaste bastion d’Alsace et
de Lorraine. Si l’ennemi arrive à forcer les organisations fortifiées, il
tombe sur l’ancien système défensif jalonné par Belfort-Epinal-Toul-Verdun,
dont nous pouvons encore tirer parti. Des opérations menées dans ces
conditions seraient extrêmement difficiles et coûteuses pour l’Allemagne.
Plutôt que d’aborder de front le bastion d’Alsace et de Lorraine, les
Allemands chercheront à le déborder pour utiliser la supériorité numérique
de leur population : la question d’une manœuvre d’aile par la Belgique ou
la Suisse se posera donc pour eux à nouveaux. Question singulièrement grave,
puisque la décision affirmative a pour conséquence de nouer immanquablement
contre eux la coalition française, britannique et belge ”.
Discours au combien prémonitoire puisque l’ennemi fut dissuadé d’attaquer
la Ligne Maginot mais la contourna. On connait la suite...
Aujourd’hui, la “ Forteresse ”
est dans son ensemble en piteux état pour ne pas dire en ruine.
Réparée après la guerre et parfois modernisée, elle a été maintenue en état
jusque dans les années soixante, puis abandonnée. De nombreuses casemates et
petits ouvrages ont été vendus au début des années soixante dix par les
domaines à toutes sortes d’acquéreurs (privés, agents immobiliers ou
collectivités locales).
La plupart des grands ouvrages demeurent toutefois encore militaires,
quelques-uns étant encore utilisés selon le cas (P.C. de guerre, base de
radars dépôts, musées) d’autres sont loués à des fins touristiques ou ont
abrités des champignonnières mais ont rapidement fait faillite (Michelsberg,
Anzeling, Galgenberg, Métrich).
Mais en règle général, plus de cinquante ans après les combats, la rouille a
peu à peu recouvert les cloches et les tourelles, les grilles et les supports
d’antennes (quand il en reste), l’humidité suinte le long des murs de béton
et la végétation gagne de plus en plus rapidement du terrain, recouvrant les
façades des blocs.
La Ligne Maginot se meurt lentement, dans une indifférence générale, à peine
troublée dans son repos par quelques curieux et les trop nombreux ferrailleurs
et vandales qui trouvent là, hélas, une mine unique de métaux en tout genre (le cuivre
est particulièrement recherché par ces tristes individus).
La Ligne Maginot est pourtant le témoignage d’une architecture militaire
unique tout comme les châteaux-forts ou les fortifications de Vauban. Peut-être
est elle trop récente ? Peut-être est-elle pour trop de gens le symbole
d’une défaite ? Pourtant le Général Guillaumat (1863-1940), alors Président
de la Commission de Défense de 1922 à 1931 avait prévenu en ces termes :
“ Il est dangereux de laisser se répandre la notion fausse et démoralisante
qu’avec la fortification on assure l’inviolabilité d’un pays, qu’un
système matériel quelconque puisse être substitué au rude labeur de la préparation
des volontés, des cœurs et des cerveaux ” (le 27 mars 1923 au
Ministre de la Guerre).
Que ce soit le Mauvais Bois , Aumetz, Hobling, Coume-Village
ou le Mottenberg, les petits ouvrages, ferraillés et remblayés, disparaissent
les uns après les autres. Nombre de blocs ouverts à tous les vents sont pillés
ou en instance de l’être.
Depuis le début de l’année 1997, l’armée cherche à vendre les ouvrages
et les terrains sur ou sous lesquels sont ses ouvrages. En attendant,
l’armée procède au remblaiement à l’aide de moyens considérables
(pelleteuses et camions, servant à déplacer des masses de terre) de quelques
gros ouvrages. Les associations qui entretiennent la quinzaine d’ouvrage
ouvert au public sont révoltées, et à la fois inquiètes car si les ouvrages
non entretenus sont définitivement fermés comment trouver les pièces de
rechange d’origines qui font déjà tant défaut aux associations ? Ces dernières
sont conscientes que les ouvrages abandonnés sont dangereux (et parfois
mortels) mais avant de les fermer définitivement, ne pourrait-t-on sortir, avec
l’autorisation de l’armée, tout ce qui peut être encore utilisé ?
Parmi les 106 ouvrages les plus importants, une quinzaine seulement sont plus ou
moins restaurés et entretenus par des associations de bénévoles et ouverts
aux visiteurs, les 2/3 dans le Nord-Est, les autres dans les Alpes. Ils reçoivent
au total chaque année plus de 200.000 visiteurs. La Ligne Maginot n’a pas dit
son dernier mot : elle joue désormais la carte du tourisme.
Pour conclure définitivement, je terminerai comme j’ai commencé, par une
citation de Napoléon Ier :
“ Vauban n’a jamais prétendu que les forteresses seules puissent fermer la frontière ; il a voulu que la frontière du Nord offrit protection à une armée inférieure contre une armée supérieure ; qu’elle lui donnât un champ d’opérations plus favorable pour se maintenir et empêcher l’ennemi d’avancer, et des occasions de l’attaquer avec avantage ; enfin les moyens de gagner du temps pour permettre à des secours d’arriver ”.

Le destin tragique : Monument érigé à la mémoire du
lieutenant Rouilly, des sous-officiers et soldats du 21/ 23 R.I.F. tombés pour
sauver l’honneur et retarder l’envahisseur (Col de Sainte-Marie aux Mines).
AVERTISSEMENT

Sur la route traversant le champ de tir de Bitche.
Après avoir visité ce site il est certain que certains d'entre vous auront envie de tenter l'expérience. Toutefois sachez que les pancartes placées devant les terrains militaires ne sont pas uniquement des perchoirs à oiseaux. Il faut savoir que toute chose appartient à un propriétaire et qu’il faut donc avoir son autorisation, sinon vous pourriez avoir à répondre de vos actes devant un tribunal surtout si vous avez commis une effraction. Certains l'ont même payé de leur vie.

Sur la route menant à l'ouvrage du Janus
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