LES COMPOSANTES

        

1. Le béton :

 

    C’est bien sûr la principale composante des ouvrages: des millions de m3 furent nécessaires pour l’édification des éléments composant la ligne: ouvrages, casemates, observatoires, abris, ...

    Aussi apporta-t’on le plus grand soin à sa réalisation, en tenant compte là comme ailleurs des enseignements du conflit précédent.

 

1.1. Les solutions apportées :

  La première solution et la plus évidente aussi, est que l’épaisseur du béton puisse résister à tous les calibres. Le plus gros calibre utilisé par les allemands étant le 420 mm, différents degrés de protection furent étudiés, tout en se réservant une marge de sécurité.

    Cependant l’ennemi n’était pas en mesure, d’agir avec la même force sur toutes les faces de l’ouvrage. D’autre part le relief de certaines régions ne leur permettait pas d’agir avec de gros calibres.

    Par conséquent, en vue de réduire le prix de revient des ouvrages, on arriva à la conclusion qu’il fallait moduler les épaisseurs, le degré d’exposition aux coups étant généralement le critère retenu pour le choix du degré de protection.

    En 1929, quatre degrés de protection furent adoptés ( Instructions du 10 Juin 1929):

 

Protection n°1

   Résistance au calibre 160 mm

   Epaisseur des murs :1,75 m

   Epaisseur des voûtes et dalles :1,50 m

 

Protection n°2

   Résistance au calibre 240 mm

   Epaisseur des murs :2,25 m

   Epaisseur des voûtes et dalles :2 m

 

Protection n°3

   Résistance au calibre 300 mm

   Epaisseur des murs :2,75 m

   Epaisseur des voûtes et dalles :2,50 m

 

Protection n°4

   Résistance au calibre :420 mm

   Epaisseur des murs, voûtes et dalles :3,50 m

 

2. Les cuirassements :

 

    La protection assurée par le béton devait se compléter partout où une ouverture (pour le passage ou pour le tir) était nécessaire, par des cuirassements en acier dont le rôle était d’obturer efficacement les ouvertures qui risquaient de connaître l’épreuve du feu, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur.

cloche de l'ouvrage du Granon

Cloche de l'ouvrage du Granon (Alpes)

 

    Ces cuirassements étaient nombreux et fort divers puisqu’ils comprenaient les cloches, les tourelles, les portes blindées intérieures et extérieures et tout l’équipement des embrasures de tir.

 

2.1. Les cloches :

 

    Les cloches cuirassées furent installées systématiquement sur les blocs et casemates de la ligne Maginot, malgré l’hostilité de certains qui les trouvaient trop visibles donc trop vulnérables.

Types de clochesDR

 Types de cloches 

    On peut ainsi diviser ces cloches en deux catégories principales, les cloches passives et les cloches actives.

Coupe verticale d'une cloche VDP

Coupe verticale d'une cloche V.D.P.

 Les cloches passives regroupent les cloches de prise d’air (aussi appelées champignons) qui assurent la ventilation des blocs et l’évacuation de l’air vicié. Ces cloches allaient généralement par deux, l’une servant généralement à aspirer l’air extérieur, l’autre à refouler l’air vicié.

 

 

 

 

 

 

 

 

DR

 Les cloches actives devaient assurer d’une part l’observation et d’autre part la défense rapprochée. Pour ce faire, elles furent implantées sur les dessus des blocs dont elles émergeaient d’environ 1 m. L’orientation de leurs créneaux de tir devait permettre une couverture réciproque et interdire toute possibilité d’approche.

Cloche arme mixte, vue de l'extérieur

Cloche arme mixte vue extérieure

1 jumelage Reibel + 1 canon de 25 mm

(B2 ouvrage de Rohrbach)

Cloche arme mixte, vue de l'intérieur

Cloche arme mixte vue intérieure

(B1 ouvrage de Rohrbach)

 

Vue du plancher d'une cloche GFM

Vue du plancher d'une cloche GFM

 

2.2. La tourelle à éclipse :

 

    En raison de ses possibilités de tir tous azimuts, la tourelle à éclipse est vraiment l’idéal en matière de fortification. Cependant, la nécessité d’assurer une défense rapprochée ainsi qu’une riposte quelles que soient les circonstances font qu’elle ne peut en aucun cas être utilisée isolément. En effet, la tourelle est très vulnérable lorsqu’elle est en batterie.

Tourelle de 75 mm modèle 1933

Tourelle de 75 mm modèle 1933

(B10 ouvrage de Métrich)

Tourelle de 135 mm

Tourelle de 135 mm

(B11 ouvrage de Métrich)

    Le mécanisme de base est très simple: il s’agit d’un balancier dont l’une des extrémités supporte un contrepoids et l’autre la tourelle proprement dite. L’ensemble est en équilibre indifférent ce qui fait qu’un petit moteur électrique suffit à la manoeuvrer. En cas de panne électrique, un système manuel double le système électrique.

Tourelle mitrailleuse

Tourelle mitrailleuse

(B6 ouvrage du Bovenberg)

Tourelle arme mixte

Tourelle arme mixte

(B2 du Welschoff)

    Un bloc-tourelle se compose comme suit :

  - A l’étage inférieur :

      Du mécanisme d’éclipse qui comprend le contrepoids (18 tonnes pour une tourelle de 75 mm), le balancier et les vérins du système de verrouillage. Ce verrouillage devait empêcher qu’un tir soit déclenché alors que la tourelle est en éclipse ou en train de monter.

  - A l’étage intermédiaire :

      Du magasin M 3 (1200 coups pour une tourelle de 75 mm), les puits d’accès aux cloches et surtout les appareils de pointage et d’approvisionnement de la tourelle.

  - La tourelle proprement dite :

      D’un diamètre extérieur variant de 2m (tourelle mitrailleuse) à 4 m (tourelle de 75 mm, modèle 33), elle peut atteindre jusqu’à 60 tonnes.

Schéma de tourelles éclipses

Schéma de tourelles éclipses

DR

       

Exemple de réalisation : Tourelle Démontable

 

2.3.Trémies et portes blindées :

      Afin de préserver le champ d’action de toutes les pièces d’artillerie des ouvrages, sans pour autant présenter des embrasures béantes, il fut nécessaire de recourir à un système de trémie qui obturait entièrement l’ouverture pratiquée dans le béton, ne laissant apparaître que la volée de la pièce. Outre une sécurité accrue, ce système était nécessaire si l’on voulait pouvoir maintenir la surpression à l’intérieur de l’ouvrage.

    Outre les trémies, les cuirassements comportaient également les portes extérieures et intérieures des ouvrages.

    Les portes extérieures des ouvrages étaient toutes blindées. Pour les casemates, ces portes se trouvaient directement en façade arrière. Pour les entrées hommes, il y avait généralement une grille en façade et une porte blindée soustraite aux coups par une chicane. Ce principe des chicanes était également appliqué aux issues de secours qu’elles soient dans les fossés (blocs infanterie) ou en façade arrière (blocs d’artillerie). Quant à l’entrée munitions, elle était sur le front nord-est, protégée par un pont effaçable par roulement qui dévoilait un fossé d’environ 3 m de large et qui était battu par une ou deux caponnières. Derrière ce pont-roulant, une porte blindée interdisait l’accès de l’ouvrage. Elle était doublée par une seconde porte blindée qui permettait de faire sas. Dans les Alpes, l’obstacle était créé par le fossé diamant qui était franchi par un pont-levis ajouré alors que dans le Nord-Est, le fossé diamant était franchi par un pont dormant.

    A l’intérieur, on trouvait divers types de portes blindées: porte isolant les entrées du reste de l’ouvrage et flanquées ou non d’une caponnière, porte blindée de 7 tonnes se fermant automatiquement en cas d’explosion du M 1, portes blindées formant sas au pied des blocs, etc ...

Dispositif d'obturation M1 - Reste de l'ouvrage

Dispositif d'obturation destiné à séparer le lieu de stockage des munitions (M1) du reste de l'ouvrage en cas d'alerte au feu (Porte para-souffle du Hackenberg)

    L’ensemble de ces cuirassements composant la partie active de la forteresse, le béton n’en étant que l’élément passif.

 

Porte blindée intérieure

  Porte blindée intérieure.